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1er novembre 1954, l’Algérie se rebelle

mercredi 1er novembre 2006, par Dznet

En 1954, l’Algérie était française depuis 125 ans, le colonisateur l’avait divisée en départements.

Les grandes villes algériennes à l’image d’Alger, Oran, Constantine, Béjaïa (Bougie), Bône (Annaba), Philippeville (Skikda), Tlemcen et bien d’autres ont vu se créer une colonie de peuplement ; un million de pieds-noirs se sont installés.

Les campagnes restantes presque exclusivement peuplées d’autochtones, au nombre de huit millions, étaient dépourvues des services publics de base, alors qu’à Alger ont vit comme à Marseille. Ailleurs, dans l’Algérie des campagnes, un jour sec et froid se lève sur Ighil Imoula, un village de la Kabylie, accroché aux contreforts du Djurdjura ; le 27 octobre 1954, le garde champêtre, un des rares habitants du village à être “du côté des Français”, n’entend pas la ronéo qui tourne à plein régime chez l’épicier, Idir Rabah.

C’est là qu’est tiré, à plusieurs centaines d’exemplaires, le texte de la proclamation du 1er Novembre, appelant à l’insurrection armée contre le France qui occupe le pays. Le stencil a été apporté d’Alger et pris en charge à partir de Tizi Ouzou par des militants. Le dimanche suivant, 31 octobre 1954, il fait un temps gris sur la montagne kabyle, et Krim Belkacem pense à l’hiver qui s’annonce et à ce que les maquisards, ses hommes, vont devenir. A de rares exceptions près, aucun d’entre eux n’a jusqu’ici réellement vécu en clandestin.

Vers 10 heures du matin, un messager emporte six petites lettes griffonnées de son écriture fine. Le même message, pour les six chefs de région. “ordre de passer à l’exécution des plans arrêtés ensemble. Début des opérations, cette nuit, à partir de minuit. Respecter strictement les consignes : ne tirer sur aucun civil européen ou musulman. Tout dépassement sera sévèrement réprimé. Bonne chance et que Dieu vous aide. Fraternellement, Si Rabah, de Krim Belkacem, qui tient le maquis en Kabylie depuis de nombreuses années déjà. Au crépuscule de ce 1er Novembre 1954, on n’imagine pas alors, plus à Alger qu’à Paris, que vient d’éclater une guerre, une véritable guerre avec son cortège d’atrocités. La guerre d’Algérie selon les historiens aura aussi raison de la IVe République, permettant le retour du général de Gaulle au pouvoir.

“Nos parents nous avaient élevés dans l’idée de l’égalité, ils pensaient que l’émancipation viendrait par l’éducation. Mais les gens de ma génération ne croyaient plus aux petits pas. Nous voulions l’indépendance du pays”, (dixit l’historien Mohamed Harbi). Les quelque 600 000 Algériens instruits se heurtent en effet depuis des lustres au refus buté des autorités coloniales de leur faire une place dans les institutions, tandis que la grande masse paysanne est carrément exclue du développement économique et de l’éducation (5% des enfants seulement sont scolarisés).

Les deux communautés se côtoient dans les villes, elles ne se mélangent guère. La fin de la Seconde Guerre mondiale, qui a vu de nombreux Maghrébins se battre pour la libération de la France aux côtés du général Leclerc, apparaît comme la grande occasion manquée et comme le point de départ d’un nationalisme qui n’aura bientôt plus d’autres choix que celui des armes. Le 8 Mai 1945, alors que l’on fête la défaite du nazisme, la région de l’est algérien se soulève en faveur de l’indépendance. La répression sera terrible et fera plusieurs milliers de morts à Sétif, Kherrata et Guelma. Deuxième occasion manquée, trois ans plus tard, l’élection d’une Assemblée algérienne : le scrutin sera truqué, les colons avec la complicité de l’Etat, refusant obstinément de faire une place même réduite aux “indigènes”.

La guerre menée en Algérie par la France a fait un million et demi de chouhada. Un demi-siècle nous sépare de ce 1er Novembre54, les cicatrices, sont mal refermées, l’Algérie n’a pas fait table rase du passé. Elle demande à la France officielle de reconnaître ses crimes commis durant 132 années de colonisation.

B. Chellali — Le Maghreb